Le chimarrão : le maté brésilien

chimarrao

On associe généralement la yerba maté à l’Argentine, mais en réalité, cette boisson ancestrale est originaire de la région de la Selva Paranaense, qui s’étend jusqu’au sud du Brésil. Au pays du football et de la Capoeira, la yerba maté (Ilex Paraguariensis) est un peu différente de celle que l’on trouve dans les pays voisins. D’ailleurs les Brésiliens parlent de « chimarrão ».

Qu’est-ce que le chimarrão  ?

La boisson nationale du Brésil

Le terme portugais chimarrão est traduit par cimarron en espagnol et désigne le retour à l’état sauvage du bétail domestiqué. Ce terme désigne également un perro salvaje. Une connotation révolutionnaire due à son interdiction durant l’évangélisation des Guaranis du sud du Brésil, au XVI siècle. D’ailleurs, les sacerdoces l’appelaient la yerba del diablo.

Près d’un siècle plus tard, les Jésuites reconnaissent les nombreux bienfaits du maté et incitent sa consommation. On parle aujourd’hui du thé des Jésuites.

Que ce soit en Argentine, en Uruguay, au Paraguay ou au Brésil, cette infusion ancestrale a su traverser les âges et les conflits. Véritable héritage culturel, le maté occupe une place importante, les Brésiliens célèbrent d’ailleurs el dia del chimarrão le 24 avril.

Sa consommation : quelques chiffres clés

Le Brésil est le cinquième plus grand pays au monde et c’est peut-être la raison pour laquelle cette infusion n’est pas très populaire dans les provinces qui se trouvent au nord de la capitale (Brasilia).

La consommation du chimarrao se limite en effet au sud et concerne les provinces de : Rio Grande Do Sul (70 000 tonnes/an), Paraná (20 000 tonnes/an) et Santa Catarina (15 000 tonnes/an). En tout, les Brésiliens consomment un peu plus de 100 000 tonnes de chimarrão par an. Si on considère uniquement la population de ses trois provinces, alors on obtient une consommation moyenne de 3 kg de yerba maté/habitant/an.

À titre comparatif, en Argentine on consomme près de 250 000 tonnes de yerba maté par an. On la trouve dans plus de 90% des foyers à travers tout le pays et la consommation moyenne est de 6 kg/habitant/an.

Drapeau Brésilien

La production de la yerba maté au Brésil

Que ce soit en termes de consommation ou de production de yerba maté, l’Argentine est indétrônable. Chaque année, plus de 800 000 tonnes de feuilles d’Ilex Paraguariensis sont cueillies à la main pour ensuite être transformées en yerba maté. Les 300 000 tonnes obtenues après déshydratation, représentent plus de 60% du marché mondial.

Pour autant, le Brésil est le second producteur de yerba maté avec tout de même près de 200 000 tonnes produites chaque année. De cette production, 16% sont destinés aux pays exportateurs, dont la France, quatrième importateur de maté du Brésil au monde.

Il est intéressant de noter que ces deux mastodontes de la yerba maté adoptent deux stratégies de production pratiquement opposées. En Argentine, malgré les 200 marques présentes sur le marché, le processus de fabrication est géré par une poignée de producteurs. Au Brésil, on trouve plus de 400 petits producteurs et tout autant de marques différentes.

Chimarrão et maté : quelles différences  ?

La yerba : plus fine et plus verte

La principale différence entre la yerba mate et le chimarrão est sans doute leur apparence. Alors que la yerba maté que l’on trouve en Argentine, en Uruguay et au Paraguay est d’un vert bouteille foncé, la erva maté des Brésiliens se caractérise par un vert clair très prononcé.

Il faut dire que le processus d’élaboration du chimarrão est légèrement différent de celui de la yerba maté. En effet, les feuilles ne sont pratiquement pas déshydratées, contrairement à la yerba en Argentine, qui est soumise à plusieurs étapes de séchage. Par ailleurs, le chimarrao est pulvérisé jusqu’à l’obtention d’une fine poudre alors que la yerba maté est concassée en paillettes.

Cette différence n’influence pas uniquement l’apparence de la yerba mais aussi son goût. Moins déshydratée et dépourvue de tous résidus, le chimarrão est plus amer.

Bon à savoir : à l’instar du maté, l’amertume du chimarrao peut être atténuée en ajoutant un peu de sucre, de miel ou de la stevia.

La calebasse et la bombilla : taille XXL !

Si vous avez parcouru notre sélection de calebasses, alors vous vous êtes sans doute rendu compte qu’elles ont toutes à peu près la même contenance et mesurent rarement plus de 15 cm de haut.

Les Brésiliens utilisent aussi une courge séchée pour élaborer leur calebasse traditionnelle, mais au lieu de se servir de la partie aplanie du légume, ils utilisent sa partie allongée. Ils obtiennent ainsi une calebasse moins arrondie, légèrement plus étroite et surtout, beaucoup plus grande. La calebasse du chimarrão, que l’on appelle Cuia, peut facilement atteindre les 30 cm de haut  !

Ainsi, la bombilla (appelée bomb) est-elle aussi beaucoup plus grande que la bombilla traditionnelle des pays voisins. De plus, du fait de la finesse de la erva maté brésilienne, son filtre est également différent : il est généralement plat, en forme de petite cuillère et ses orifices sont très petits.

Toutefois, si vous souhaitez consommer du chimarrão, une calebasse “classique” conviendra parfaitement. Pour ce qui est de la bombilla, là encore, certains modèles à ressorts seront suffisamment filtrants.

Herbe chimarrao

Comment préparer un chimarrão brésilien  ?

La technique traditionnelle : similaire au maté

Malgré une calebasse et une bombilla un peu différentes, le maté façon brésilien se prépare pratiquement de la même manière qu’un maté argentin :

  1. Remplissez votre calebasse aux deux tiers de sa contenance. Veillez à répartir la yerba de manière à former une pente d’environ 45°.
  2. Versez un peu d’eau chaude (entre 70 et 80 °C) à la base de celle-ci et laissez la yerba s’imprégner quelques instants.
  3. Bouchez le bec de la bombilla avec votre pouce et placez-la à l’endroit où la yerba est humide avant de remplir complètement la calebasse en faisant attention de diriger le filet d’eau au plus près de la bombilla.

Si vous avez l’habitude de préparer du maté de manière traditionnelle, alors vous constatez que la marche à suivre est vraiment similaire. En réalité, la différence se fera sentir si vous utilisez une calebasse brésilienne. En effet, la quantité d’eau et de yerba utilisée est bien plus importante.

Comme vous le savez peut-être, certaines personnes ajoutent un peu de pelures d’agrumes, de menthe ou même de gingembre à leur maté. C’est également possible avec le chimarrão qui se prête lui aussi très bien au mariage des saveurs.

Le tereré : une façon rafraîchissante de consommer le chimarrão

Connaissez-vous le tereré  ? Préparée avec de l’eau fraîche, c’est la version estivale du maté. Toutefois, historiquement, ce n’est pas tant pour son côté rafraîchissant que le tereré était consommé. Durant la Guerra del Chaco (entre le Paraguay et la Bolivie) les soldats consommaient leur maté avec de l’eau froide pour ne pas faire de feu dont la fumée pourrait indiquer leur position à l’ennemi.  

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui le tereré est particulièrement apprécié dans les zones très ensoleillées comme le sud du Brésil. Là-bas, on le consomme d’ailleurs dans un récipient spécial, que l’on appelle guampa. Traditionnellement fabriqué à partir de cornes animales et de forme cylindrique, on la trouve également en verre, en plastique, en bois et en silicone.

Pour préparer un tereré avec du chimarrão, c’est très simple : suivez toutes les étapes de la préparation traditionnelle du maté. Au lieu d’infuser les feuilles avec de l’eau chaude, utilisez le jus de votre choix, bien frais.

Là encore, si vous souhaitez consommer du chimarrão façon tereré, vous pouvez utiliser votre calebasse habituelle. Toutefois, si votre calebasse est en bois ou en courge séchée, mieux vaut opter pour une tasse ou un verre type tumbler. En effet, les pores de ces matériaux végétaux pourraient s’imprégner de jus de fruit, ce qui altèrerait par la suite le goût des prochains matés.

Pour aller plus loin, lisez aussi : maté vs tereré, les principales différences.  

Le thé glacé : une pratique de plus en plus populaire

Tout comme la yerba maté, le chimarrao peut être consommé sans calebasse et sans bombilla à la manière d’un thé glacé.

Pour préparer cette délicieuse boisson rafraîchissante, il faudra vous procurer le chimarrão conditionné en sachet de thé.

Une fois votre eau infusée et refroidie, vous pouvez ajouter par exemple un peu de jus de citron et quelques feuilles de menthe pour une boisson citrique et rafraîchissante.

Sur ce, bon chimarrão !